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Après l’affaire Médiator, point de vue sur l’état du dossier DPC. Par l’ancien président du Conseil national de la formation médicale continue des médecins salariés.

Médiator : la défaite de la formation continue des médecins

En trente trois ans, 5 millions de français ont pris du Médiator.

Pour en arriver là, il aura fallu la conjonction de deux défaillances, celle du système français du médicament et celle de la formation des médecins.

Les rouages de la pharmacovigilance et de l’autorisation du médicament ont été mis à plat par le rapport de l’Igas sur le Médiator. Les mesures correctrices indispensables ont été identifiées, le ministre en charge de la santé, Xavier Bertrand, a annoncé leur mise en oeuvre.

Pour autant, la responsabilité du corps médical dans l’affaire du Médiator ne fait l’objet d’aucun débat en son sein. Un silence assourdissant règne sur ces millions de prescriptions. Comment expliquer que des dizaines de milliers de médecins de toutes spécialités, soucieux de la santé et du bien être de leurs patients, aient pu ainsi se fourvoyer ? Parce que le Médiator était autorisé ? Au motif que les pouvoirs publics ont été en défaut, les médecins seraient exonérés de leurs propres responsabilités ? Ce serait trop simple. Car enfin, ce n’est pas parce qu’un médicament est autorisé qu’on le prescrit, c’est parce qu’on l’a décidé. Ces médecins ont pris une mauvaise décision, ils ont commis une erreur. Il appartiendra à la justice de décider de ce qui, pour certains, relève de la faute. Les juridictions de l’ordre des médecins ont pour leur part condamné 84 médecins depuis 2001 à des interdictions temporaires d’exercice pour avoir prescrit du Médiator à des personnes qui voulaient maigrir.

Il est courant de dire qu’on apprend plus de ses erreurs que de ses succès. Le Médiator offre au corps médical une intéressante occasion de progresser, à condition de bien vouloir admettre qu’on n’a pas affaire à un incident isolé, que cette erreur pourrait témoigner de dysfonctionnements anciens et profonds. Et donc, qu’elle pourrait ce reproduire.

On a beaucoup évoqué ces derniers temps la visite médicale et les aspects les plus voyants de l’influence de l’industrie. On ne parle pas assez des carences de la formation continue des médecins, dont l’essentiel du financement est assuré par l’industrie des médicaments et des dispositifs médicaux. On estime que l’industrie contribue pour 700 millions d’euros chaque année à la formation des médecins quand les financements publics peinent à atteindre 100 millions d’euros.

La loi Kouchner de 2002 avait prévu la mise en place d’un fonds de la formation médicale continue que son successeur a décidé de supprimer. La loi hôpital, patients, santé et territoires de 2009 l’a recréé. Les décrets d’application sont sur le bureau de Xavier Bertrand qui en a retenu la parution tant qu’il ne verrait pas plus clair dans ce dossier.

Il reste en effet plusieurs zones d’ombre. Il est prévu que les organismes de formation continue, dénommés selon la terminologie du moment organismes de « développement professionnel continu », soient évalués par une commission scientifique indépendante. Le problème est que l’on ne sait rien de la façon dont seront choisis les membres de cette commission. Plus préoccupant encore, il est prévu que ces membres soient désignés par une fédération d’associations de spécialistes médicaux dont les composantes sont massivement financées par l’industrie. Il serait normal par les temps qui courent que ce point soit mis à plat et qu’une procédure simple et transparente soit adoptée, fixant les modalités de choix des membres et de suivi de cette commission, sur la base de critères connus de tous.

Ces questions étant réglées, il restera à s’assurer que les formations contribuent à éveiller la curiosité des médecins, à renforcer leur indépendance de jugement, leur esprit critique. Il est souhaitable d’aller plus loin que le renforcement de connaissances dont on ne peut se satisfaire qu’elles soient largement soumises à la pression de la nouveauté, réelle ou plus généralement supposée. Les voix minoritaires seront‐elles plus écoutées que par le passé ? L’avenir nous le dira.

Reste un sujet difficile, le financement. Au moins deux rapports récents de l’Igas, en 2006 puis en 2008, ont relevé l’insuffisance du financement de la formation médicale continue. En l’état actuel du dossier, l’organisme de gestion du fonds ne disposera d’aucun financement permettant d’avancer plus sérieusement sur la voie de l’indépendance de la formation continue. A ce stade de l’exposé il est naturel de se tourner vers ceux qui ont financé jusqu’à présent l’essentiel de la formation continue, avec le résultat inapproprié que l’on a relevé. Il est nécessaire d’assurer enfin l’indépendance de la formation continue des médecins. Une partie des sommes actuellement consacrée par les industriels à la formation des médecins pourrait être affectée, par le moyen d’une taxe, à l’organisme gestionnaire des fonds de la formation médicale continue. Certes l’argent ne fera pas tout, mais après des années de tergiversations en matière de formation continue des médecins, on a fait le tour du sujet. Il est arrivé par le passé que certains esprits glosent sur le peu d’utilité de la formation médicale continue. On avait pris l’habitude de leur répondre par une boutade : si vous doutez de l’utilité de la connaissance, essayez l’ignorance ! Avec le Médiator preuve est désormais faite que l’ignorance nuit. Sans moyens pour la formation continue des médecins, on ne fera rien de bon. Monsieur le ministre, le moment est venu de prendre les bonnes décisions.

Dr Alain BEAUPIN

Ancien président du Conseil national de la formation médicale continue des médecins salariés

 

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