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Jean Buisson nous a quitté

Hommage au Docteur Jean Buisson

 Par Docteur Thierry Clément, Médecin directeur du CMS d’Aubervilliers de 1997 à 2011

Jean Buisson, médecin, ancien directeur du centre municipal de santé d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), ancien maire adjoint PCF de Livry-Gargan, officier de l’ordre national du mérite est décédé à l’âge de 82 ans le mardi 5 mars 2019.

Parler de Jean Buisson, le médecin, le clinicien expérimenté, l’homme de terrain, de ses multiples engagements n’est pas chose aisée. L’ayant remplacé au centre de santé en 1997, je sais combien ses patients lui étaient attachés. C’était un homme dévoué, attentif et disponible. Pour beaucoup son départ a été vécu comme un déchirement, la perte d’un proche, d’un confident, et assurer sa succession n’a pas toujours été facile.

Je me souviens que lors de son départ en retraite, le 22 juin 1997, Jack Ralite nous avait rappelé, devant sa famille, ses collègues et ses nombreux ami-e-s,  ce que furent les premières années de sa vie :

« Jean Buisson, avait-il dit,  est né à Provins, dans l’immédiat après-guerre, où ses  parents tenaient une bijouterie-horlogerie, son père étant aussi artisan. Il a une sœur Bernadette née après la guerre… Bachelier à 16 ans il quitte Provins pour Paris faire Médecine. Paris c’est d’abord pour lui la découverte, la liberté, le cinéma, le jazz et bien sûr les études et à l’hôpital Laennec, en 1957 la rencontre avec une infirmière, Viviane, qui deviendra sa femme en 1959. Ils auront ensemble quatre filles. »

Jean Buisson fût un personnage clef de la ville d’Aubervilliers. Comme aimait le dire Jack Ralite, Il a mis en place au centre de santé  « des innovations que la loi ou pour le moins l’organisation de la Santé n’avait pas prévues ». Sa vie personnelle, sa vie professionnelle, sa vie politique et syndicale « composantes indissociables » comme le disait encore Jack Ralite furent guidées par la nécessité de servir l’autre.

Passionné par la pratique médicale et le travail en équipe, il intègre le centre de santé d’Aubervilliers en 1965 comme médecin vacataire  et en deviendra le médecin directeur de  1970 à 1997 mais également directeur du Service Communal d’Hygiène et de Santé. De 1969 à 1997, il fut à l’hôpital Avicenne, assistant dans le service de rhumatologie puis attaché de consultation, et fut nommé praticien hospitalier en 1990. Ce positionnement lui permis de tisser des liens forts avec l’hôpital Avicenne et de nombreux médecins du CHU ont assuré des consultations « avancées » au centre Dr Pesqué.  Je cite à ce propos un passage de son discours du 27 octobre 1989 pour les 25 ans du CMS évoquant les grandes évolutions techniques dont ne pouvait se doter le centre :
« Est-ce dire qu’une telle structure sera périmée demain ? Je suis sûr du contraire. Entre ces établissements de haute performance technique et les praticiens exerçant sous forme individuelle le fossé risquerait de se creuser aux dépens des malades si des établissements comme le nôtre, lieu de rencontre, d’investigations ambulatoires, de pratique pluridisciplinaire eu plus près des gens ne jouaient pas un rôle essentiel »

En 1976, il participait avec d’autres grands noms des centres de santé (Jean Reigner, Georges Godier, Jean François Rey) et des jeunes médecins de l’époque (Joël Le Corre, Marc Schoene, Jean Luc Gallais) à un numéro de la revue du praticien qui réunissait  les responsables des médecins de groupe libéraux et ceux exerçant en centre de santé autour du thème « des différentes formes d’exercice de la médecine praticienne en équipes » ; et cela plus de 40 ans avant que ces sujets ne deviennent les points récurrents de l’actualité de l’organisation de notre système de santé. Je cite quelques extraits de son article :

« Les médecins de centre de santé ne se contentent pas d’un exercice l’un à côté de l’autre, mais veulent pouvoir exercer ensemble »… « Qui dit équipe médicale dit  travail en équipe, non seulement entre médecins mais, également avec d’autres professionnels de santé, notamment les infirmières, les kinésithérapeutes, les dentistes, les puéricultrices à domicile, là où elles existent, et avec les travailleurs sociaux »

« Le fait le plus important de l’évolution est me semble-t-il la volonté des jeunes médecins de pouvoir exercer dans de telles structures médicales… » car ils « souhaitent exercer au sein d’une équipe pluridisciplinaire, permettant une meilleur organisation de leur travail… »

« Nous constatons une évolution vers une prise en charge plus globale de la personne associant prévention et soins »

« Il est nécessaire que soit trouvé avec la sécurité sociale un autre mode de rémunération du fonctionnement, que le seul paiement à l’acte… »

Il a conçu le centre de santé comme complémentaire à médecine libérale de ville et à l’hôpital. Il a également développé une politique de prévention sur la Ville et mis en œuvre nombre d’actions de santé publique notamment en direction de la jeunesse  dont la continuité fut ensuite assurée par le Service Communal d’Hygiène et de Santé.

On ne peut parler de Jean Buisson sans évoquer son engagement auprès des patients confrontés à des problèmes d’alcool. Ceux-ci, délaissés par la médecine, ne trouvaient pas jusqu’alors de structures et des professionnels formés et à l’écoute de leurs difficultés. Sensibilisé par une association d’anciens  buveurs  dans le cadre de son activité hospitalière,  il va s’atteler à améliorer la prise en charge de ces patients. Dès 1970, il crée des consultations d’hygiène alimentaire. Suite à la circulaire de Simone Veil en 1975, le premier Centre d’Hygiène Alimentaire voit le jour au sein du centre de santé d’Aubervilliers. A la même période le Dr Buisson devient responsable de la capacité de toxicomanies et alcoologie à la faculté de Bobigny. Il était également  expert auprès du HCEIA; Haut comité d’étude et d’information sur l’alcool. C’est l’origine des nombreux CHA qui vont ouvrir, grâce à ses disciples,  dans d’autres centres de santé municipaux du département. Mais la bataille n’était pas finie, et c’est en 1983, alors qu’il faisait partie du cabinet de Jack Ralite, alors ministre de la santé,  qu’est rédigée la circulaire sur la création des CHAA.

Mais l’alcoologie et la collaboration avec l’hôpital ne furent pas les seuls champs d’innovation sur lesquels il s’aventura. Le centre de santé d’Aubervilliers  fût également, au début des années 1970, un précurseur avec le Dr Joëlle Brunerie en matière de contraception et d’IVG. Cette activité avait été  rendue publique en 1973 et la ville, tacitement  solidaire de ce combat,  permis la poursuite e ces avortements semi-clandestins.  Elle  fut encadrée légalement par la création du premier centre de planification au sein d’un centre de santé en 1974. (ref : http://archives.aubervilliers.fr/IMG/pdf/5c154_1994-10_opt_cle0bfcc8.pdf).

Rappelons également que Jean Buisson fut secrétaire général de l’Union Confédérale des Médecins Salariés de France de 1974 à 1977 et son président de 1984 à 1994.

Engagé contre la guerre en Algérie et les crimes perpétrés par l’OAS, Jean Buisson, entrera en politique en adhérant au parti communiste Français en 1962.  Il fut en outre, adjoint au Maire dans sa commune de Livry-Gargan de 1983 à 2008.

Pour finir je laisserai le dernier mot à Jack Ralite dont il fut le collaborateur pendant toutes ces années :

« Tu es un homme de la prévention, un écouteur d’autrui, un coordinateur des médecins et acteurs de santé »

« Précurseur en légalité, solidaire en humaniste, je trouve que ça te va pas trop mal »

 

J’ai une pensée particulière pour sa sœur Bernadette, pédiatre en PMI et au centre de santé,  très investie tant comme praticienne qu’en santé publique et  dans le milieu associatif, avec qui j’ai travaillé avec bonheur de nombreuses années.

A sa femme Viviane, à sa sœur Bernadette, à ses quatre filles, Nathalie, Caroline, Myriam et Stéphanie nous disons toute notre émotion et notre sympathie.

 

 

Les formations 2019 de la FNFCEPPCS (Fedeforma) sont en ligne !

Vous trouverez ci joint  le programme des formations de la Fédération de formation des centres de santé ( FNFCEPPCS*/ Fedeforma) dédiées aux professionnels des centres pour l’année 2019.
 
Vous y trouverez les thématiques, les dates et les coûts de toutes les formations, dans l’attente du catalogue détaillé qui sera publié ultérieurement.
 
La FNFCEPPCS propose des formations dispensées dans le cadre du Développement Professionnel Continu (DPC), mais également des formations hors DPC.

Pour le DPC, la FNFCEPPCS / Fedeforma  est une association agréée par l’Agence Nationale du DPC (sous le n° 2368) pour former des médecins, des kinésithérapeutes, des infirmières et des chirurgiens-dentistes de centres de santé.

Pour s’inscrire ou se pré-inscrire aux actions de DPC, rien de plus simple, il suffit de remplir la fiche d’inscription  ci dessous. Pour les actions qui ne sont encore publiée sur le site de l’ANDPC, l’association procédera aux inscriptions officielles avec les identifiants praticiens (RPPS ou Adéli) dès que cela sera possible.

Pour les formations qui ne relèvent pas du DPC, merci de contacter pour toute demande de renseignements ou pour obtenir la fiche d’inscription dédiée : 

Madame Isabelle HAVARD
Chargée de mission Fnfceppcs/ Fédéforma

Contact :
fnfceppcs@gmail.com
i.havard@yahoo.fr
01 41 17 48 0

FNFCEPPCS_Programme-formations-2019 (1)

FNFCEPPCS-modalites et fiche d’inscription DPC-2019 (1)

 

*Fédération Nationale de Formation et d’Evaluation des Pratiques Professionnelles des Centres de Santé

Les médecins de soins primaires doivent-ils entrer à l’hôpital ?

Dr Jeanne Villeneuve, assistante spécialiste de médecine générale et Dr Alain Beaupin, médecin directeur, Centre de Santé Richerand

Parmi les mesures annoncées dans le plan Ma Santé 2022 il en est une qui pourrait intéresser particulièrement les jeunes médecins généralistes. Il est en effet prévu de créer 400 postes de MG à exercice partagé entre la ville et l’hôpital. Belle idée, mais dans quel but et pour quel résultat ?

Une des réponses possibles est en cours de test dans le cadre d’un partenariat entre le centre de santé Richerand ( Coopérative de santé, Paris 10; http://richerand.fr ) et le service de médecine interne de l’hôpital Lariboisière (APHP). Profitant d’un dispositif existant, financé par l’ARS, un « assistant-spécialiste » a pris ses fonctions le 1er novembre 2018. Cet assistant est un médecin généraliste. Il partage son temps pour moitié à l’hôpital, pour moitié au centre de santé.

En pratique, l’assistant est présent à l’hôpital tous les après-midis. Il est à disposition des équipes de l’hôpital pour les patients hospitalisés dans les services de l’hôpital Lariboisière, ou consultant aux urgences, qui n’ont pas de médecin traitant et qui acceptent d’être suivis au centre Richerand. Si ces critères sont réunis, l’assistant MG rencontre l’équipe hospitalière en charge du patient afin de définir avec elle la suite de la prise en charge, qui sera ensuite complétée au centre de santé. Un premier contact est établi avec le patient et un rendez-vous de médecine générale est fixé avant sa sortie de l’hôpital.

En moyenne, depuis la prise de poste en novembre 2018, l’assistant reçoit une cinquantaine de demande d’avis chaque mois (nouveaux patients), émanant de plusieurs services de l’hôpital (médecine interne : hospitalisation et consultations, policlinique PASS, urgences, unité d’hospitalisation des urgences). Les trois-quarts des patients ayant donné leur accord ont pu être pris en charge et revus en consultation au centre de santé Richerand. Les questions sociales (accès aux droits,..) sont traitées par l’hôpital avant la sortie.

Au centre de santé, une fois la déclaration médecin traitant effectuée, les patients bénéficient d’un suivi habituel en soins primaires, tant pour la pathologie aigüe ayant nécessité un recours hospitalier que pour les maladies chroniques ou la prévention. Par ailleurs, a été instituée au sein du centre de santé une réunion hebdomadaire, entre médecins généralistes, avec la participation de l’assistant partagé.  Au cours de cette réunion sont abordés les cas complexes pouvant nécessiter un recours à l’hôpital. A ce jour, une hospitalisation a été évitée de façon certaine grâce à ce dispositif et il est probable que cela permette d’en éviter de nombreuses autres puisque les dossiers difficiles seront traités régulièrement au sein de ces réunions. De plus, les recours hospitaliers nécessaires depuis le début de cette activité ont été fait sous la forme de demande d’avis, de présentation de dossiers au staff, d’hospitalisations programmées de jour ou de semaine. Autre constat, forcément très préliminaire à ce stade de l’expérience, parmi tous les patients vus à Lariboisière et ayant accepté d’être suivis au centre Richerand, aucun n’est repassé par les urgences ou par la policlinique.

Les premiers résultats de cette expérience sont encourageants car ils permettent en premier lieu de donner accès aux soins primaires aux populations les plus précaires qui n’ont souvent accès qu’au recours hospitalier. Et il faudra le vérifier avec le temps, mais il semblerait que ce type de poste de MG partagé ville-hôpital puisse permettre des réductions des durées d’hospitalisation, des passages injustifiés aux urgences ou en consultation hospitalière et une simplification d’adressage des patients de la ville vers l’hôpital.

 

 

 

Discours d’ouverture du Dr Eric May, Président – 58 eme Congrès National des Centres de Santé -11 octobre 2018

Madame la Directrice générale de la DGOS,

Mesdames, messieurs les élu(e)s

Mesdames messieurs, chers usagers

Madame la Présidente de la FNCS,

Madame la Présidente du Syndicat National des Chirurgiens-Dentistes de centres de santé,

Madame la Présidente de la FNFNEPPCS,

Monsieur le Président de l’Institut Jean François Rey,

Mesdames Messieurs les promoteurs et gestionnaires des centres de santé,

Chères consœurs, Chers confrères

Bienvenue au 58e Congrès National des Centres de Santé !

 

Avant toute chose, je tiens à remercier très chaleureusement tous les membres du comité d’organisation qui ont œuvré depuis des mois pour que ce congrès soit, nous l’espérons, une réussite cette année encore. Hada, Mathilde, Lydia, Régine, Frédéric, Marie, Alain, Yannick, Julien, Jérémie, Hélène, Alan, Nadia, Martine sans oublier nos deux collaboratrices, Diana et Claudine, ils méritent vos applaudissements.

Merci pour eux !

Cette 58ème édition de notre congrès sera, à bien des égards, exceptionnelle.

Comme vous le savez, Mme Agnès Buzyn, Ministre des solidarités et de la santé, interviendra demain matin, ici même à cette tribune, à 9h00 ; le directeur général de la CNAMTS, M. Nicolas Revel clôturera demain AM à 17h00 nos 2 jours de débats. Et dès ce matin nous avons le très grand plaisir d’accueillir Mme Cécile Courrèges, Directrice générale de la DGOS.

Nous écouterons avec la plus grande attention leurs messages respectifs et qui sait, peut-être, leurs annonces. Mais d’ores et déjà, je les remercie pour l’honneur qu’ils nous font. Leur présence, votre présence, Madame la Directrice, marque la reconnaissance de la place et du rôle des centres de santé et de leurs équipes dans le système de santé.

Cela ne vous aura pas échappé, le congrès se tient quelques jours après la présentation par le Président de la République du plan Santé « masanté2022 ». Nous n’aurons pas été les seuls à noter l’implication directe du chef de l’état. Elle signifie assurément l’importance que le gouvernement accorde aux enjeux de santé, et c’est tant mieux, mais aussi à la crise que le système de santé traverse. Je reviendrai sur quelques annonces de ce plan. Mais avant, déroulons ensemble le film de l’année qui s’est écoulée depuis le dernier congrès. Il a été riche de 4 épisodes en autant de saisons.

Dans les suites immédiates du dernier congrès, à l’automne dernier, la Ministre a annoncé le plan pour l’égal accès aux soins dans les territoires. C’est sans réserve que nous avons été signataires de la charte pour l’accès aux soins. En effet, garantir l’accès aux soins de qualité pour tous est une mission qui est commune et fondatrice pour tous les centres de santé. « En finir avec les déserts médicaux », titre du congrès 2017, n’était pas seulement un slogan. C’est un objectif pour les centres qui ont, cette année encore, démontré leurs atouts et leur efficacité face à ces déserts. Les créations de nouveaux centres de santé se sont en effet succédés avec succès, je citerai entre autres, les centres de santé départementaux de Saône et Loire, le centre intercommunal du Grand Figeac ou encore le Centre Municipal de Santé du Lardin Saint Lazare en Dordogne qui vient d’ouvrir voilà quelques jours. Ailleurs, en Alsace, c’est un réseau de centres de santé associatifs qui s’appuie sur la télémédecine pour répondre aux besoins de populations en territoire rural.

En janvier 2018, cet hiver, une ordonnance a modifié les textes réglementant les conditions de création et de gestion d’un centre de santé. Je tiens à signaler l’excellent guide de la DGOS qui donne toutes les clés du texte. Ainsi, une SCIC non lucrative associant promoteurs, salariés et usagers peut désormais gérer un centre de santé. Le premier à franchir le pas et à choisir ce cadre juridique sera le centre de santé Richerand. Toute l’équipe, son médecin directeur en tête, le Dr Alain Beaupin avec le soutien de son promoteur historique, la Caisse Centrale d’Activités Sociales d’EDF/GDF s’est engagée avec conviction et détermination dans ce projet novateur, qui inspirera sans aucun doute bien d’autres centres. Pour les autres dispositions mises en place par l’ordonnance, il est trop tôt pour en mesurer toutes les conséquences. Des limites, qui étaient d’emblée prévisibles, sont déjà perceptibles, comme par exemple les antennes à la définition trop restrictive. Et si l’agrément a été fort heureusement évité, le pouvoir de contrôle de l’ARS est incontestablement renforcé. Il pose la question de l’égalité de traitement des éventuels litiges par les ARS. Mais surtout, l’ordonnance autorise la gestion d’un centre de santé par un établissement de santé privé lucratif. Les garde-fous du texte suffiront-ils à préserver ces centres des dérives mercantiles ? La plus extrême vigilance est requise.

Au printemps, c’est le débat sur les infirmières de pratique avancée qui a fait rage. Je tiens à saluer Mme Hada Soumare, Mme Eleonore Vitalis, Mme Mathilde Neveu et les autres infirmières des centres de santé qui se sont engagées depuis plusieurs années dans la démarche innovante des pratiques avancées. Avec le Dr Frédéric Villebrun, médecin directeur de la santé de Champigny, elles n’ont cessé de faire œuvre de pédagogie pour démontrer l’apport de ces nouvelles pratiques dans la prise en charge des patients chroniques et en soins primaires. Leur force de conviction a balayé bien des réserves, et en premier lieu celles de nombre de nos collègues médecins et infirmiers libéraux. Pour autant, le déploiement de ces pratiques dans les centres de santé, qui en sont les premiers promoteurs, est suspendu à la résolution de deux problèmes :

  • La nécessaire et juste compensation financière pour les centres des absences des infirmières en formation. Si des solutions semblent avoir été trouvées par certaines ARS, un cadre national est souhaitable.
  • Et évidemment, la rémunération de ces nouvelles pratiques reste à déterminer.

Puis, est venu l’été. 10 centres de santé, 9 franciliens et 1 Rhône Alpin, ont répondu à l’appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour des expérimentations innovantes prévues au titre de l’article 51 de la LFSS 2018. Ces centres ont fait le même constat : la rémunération à l’acte est aujourd’hui un frein pour que nos organisations et nos pratiques franchissent un nouveau palier vers plus de qualité, plus d’efficacité, plus de coordination, plus de partenariats, plus de prévention, plus de pertinence des soins, plus d’innovation. Ils ont proposé d’expérimenter le paiement forfaitaire de leur structure pour la patientèle totale. Belle surprise, leurs candidatures ont été retenues ! Tout reste à faire néanmoins à ce stade, le travail préparatoire à la rédaction du cahier des charges auquel d’autres centres pourront répondre n’a fait que commencer. Nous aurons l’occasion d’en parler lors des débats de ce congrès, en particulier vendredi matin lors de la table ronde de l’IJFR.

En cette fin d’été, le Plan Santé a donc été présenté. S’il affiche des ambitions de transformation du système de santé, il n’est pas la réforme que nous espérions.   

Alors sera-t-il à la hauteur des enjeux ? Permettra-t-il de garantir à toutes et à tous l’accès à la prévention et à des soins de qualité et de proximité, ambulatoires et hospitaliers? Quelle sera la place des centres et de leurs équipes dans ce plan ?  Et quels en sont les objectifs pour le gouvernement en termes de santé publique, de solidarité et de service… public ?

Car si les professionnels de santé s’épuisent, les usagers et les élus s’impatientent. Parfois désespèrent. Ils attendent des réponses urgentes, en particulier en termes d’aménagement sanitaire des territoires et d’organisation de l’offre de soins de proximité qui relèvent de la responsabilité de l’État.

Alors que dit ce plan ?

S’il fait un diagnostic précis et lucide sur l’organisation des soins, l’efficacité des traitements prescrits sera à vérifier.

Personne ne regrettera la suppression du numerus clausus. Pour autant, elle ne règle pas la question de la répartition des professionnels de santé sur les territoires. Et elle soulève celle des effectifs de professionnels de santé à former et bien sûr, celle des moyens nécessaires pour former peut-être plus d’étudiants mais aussi pour les former différemment. Car la réforme annoncée des études médicales est urgente, comme le jugent toutes les organisations d’étudiants, d’internes et de jeunes médecins. Elle devra s’attacher à intégrer une autre approche de la santé, plus globale, à redonner toute son attractivité aux soins primaires et à la médecine générale. La découverte de la pratique de ville par les stages ambulatoires dans tous les territoires est en enjeu majeur, mais celle de tous les modèles d’exercice et particulièrement de l’exercice salarié en centre de santé aussi. Trop d’étudiants ne connaissent toujours pas les centres de santé. Et trop de départements de médecine générale peinent à donner ou refusent même l’agrément Maître de Stage Universitaire à des médecins salariés de centres de santé. Enfin, un vœu m’est cher : la réforme devra s’attacher à réduire le déterminisme social du cursus universitaire médical.

Pour les mesures concernant la T2A des établissements de santé, la gradation des établissements de santé et la réforme du statut de PH, elles seront, je n’en doute pas, commentées par nos collègues hospitaliers ici présents. La crise de l’hôpital nous concerne au premier chef Rappelons que les établissements publics de santé sont les premiers partenaires des centres de santé.

3 autres mesures nous concernent.   

4000 postes d’assistants médicaux doivent être créés. Les centres de santé seront-ils aussi éligibles au dispositif ? Quelles seront les fonctions de ces nouveaux professionnels ? Assistants aux soins, au travail administratif, ou les deux ?

400 postes de médecins généralistes salariés à exercice mixte seraient créés dans les déserts médicaux. Ces médecins seraient employés par des établissements de santé ou des centres de santé. Des territoires sont-ils déjà identifiés comme le laisse penser le chiffrage précis ? Ce déploiement s’appuiera-t-il sur des centres existants ou sera-t-il un levier pour la création de nouvelles structures ? Ce serait une bonne nouvelle pour beaucoup de territoires. 

Quant aux CPTS, 1000 doivent être créés. Les centres de santé seront au rendez-vous des CPTS et assumeront leur responsabilité territoriale et populationnelle. Mais le seul appel aux bonnes volontés risque de ne pas suffire. La question des moyens est bien évidemment posée, mais celle d’un cadre encore davantage, sous peine d’aggraver un peu plus les inégalités territoriales de santé. Ce cadre doit définir dans chaque territoire, les missions et les obligations des acteurs de santé de proximité, par exemple la continuité des soins et l’organisation des soins non programmés, y compris à domicile. Il doit intégrer les acteurs de la prévention que je salue : les services de Pmi, de médecine scolaire et de santé au travail. Il doit allouer à chacun les ressources nécessaires et pérennes à leurs missions, et offrir toute leur place aux élus locaux et aux usagers sous peine de rater une fois encore la marche de la démocratie sanitaire. Ce cadre, c’est le service public de santé de proximité que nous appelons de nos vœux.

Les centres de santé sont prêts à assurer ce service public de santé. Leurs missions (pratique du tiers payant, respect des tarifs opposables, santé publique), leurs pratiques sociales et leur non lucrativité en font déjà des établissements de santé ambulatoires, de proximité et de service public.

Dois-je le rappeler à cette tribune, plus de 1900 centres de santé, polyvalents, médicaux, infirmiers, dentaires, riches de leur diversité, interviennent chaque jour dans toujours plus de territoires, auprès de toujours plus de patients. Ils ont pour mission commune l’accès aux soins de qualité et à la prévention pour tous, pour objectif la pertinence des prises en charge, et pour moteurs l’imagination et l’audace au service des innovations organisationnelles et sociales.

Oui, les centres de santé sont aujourd’hui des acteurs incontournables de la santé, votre présence, celle de la Ministre et du DG de la CNAMTS en témoignent. Mais mieux, ils sont un modèle qui ouvre de nouvelles perspectives pour le système de santé. Ce n’est pas la première fois que je le dis à cette tribune, ce doit être la douzième… Par leurs caractéristiques, les spécificités de leurs missions, leur singularité, l’exercice en équipe et le salariat, ils sont en mesure de relever le défi des enjeux sanitaires d’aujourd’hui et de demain. Ils répondent avec pertinence aux besoins des territoires, aux attentes des usagers et, à celles des professionnels de santé.

Alors que manque-t-il pour que le développement des centres puisse être à la hauteur des besoins ?

D’abord, un soutien renforcé des institutions au niveau national qui encourage, accompagne voire pilote la création de centres de santé ; un soutien aussi aux nombreux élus des collectivités qui ont fait le choix de créer des centres de santé.

Ensuite, trop de difficultés entravent encore trop souvent les promoteurs des centres et leurs équipes. Elles doivent être levées. Par exemple, le statut de COSP dont le décret est paru en décembre 2015 n’est toujours pas appliqué aux médecins salariés des centres participant à la PDSA ou MSU. Le statut des médecins et dentistes exerçant dans des structures publiques doit être précisé : rapport parlementaire, enquêtes, thèses, tous témoignent de la nécessité de créer un cadre d’emploi pour ces professionnels de santé. Par ailleurs, alors que les dispositifs d’assistants partagés entre hôpitaux et centres de santé se mettent en place, des difficultés qui n’avaient pas été anticipées apparaissent. 

Autant de sujets qu’il nous paraît important, Mme la directrice, de traiter dans le cadre du GCCDS. Il a déjà permis de faire avancer un certain nombre de dossiers. Il doit être réactivé et se réunir à nouveau régulièrement.

Enfin, certaines missions des centres de santé ne sont toujours pas financées ou techniquement simplifiées afin d’en limiter la charge pour les structures. La généralisation du tiers payant intégral reste pour les centres une nécessité. De même, l’accès aux services d’Ameli Pro doit être enfin donné aux professionnels de santé des centres.

Alors que le bilan de l’accord national se précise et que de nouvelles transpositions des conventions dentaires et infirmières sont attendues, nous serons également très attentifs au message de M. Revel, DG de la CNAMTS. Pour autant, cet accord devra être un jour revisité avec pour premier objectif l’intégration des professionnels de santé salariés des centres aux négociations.

Alors, oui, les centres de santé sont aujourd’hui des acteurs incontournables de la santé. Que personne n’en doute, leurs équipes participeront activement à la mise en œuvre du Plan Santé. Acteurs de la recherche et de l’innovation en soins primaires, attractifs pour les professionnels de santé qu’ils salarient, défricheurs des nouvelles pratiques avancées, ils seront attentifs à être associés à tous les chantiers et à contribuer, par leur expertise et leur expérience, à rendre plus efficace et plus solidaire le système de santé.

Alors, chers congressistes, merci pour vos contributions, merci pour votre engagement à porter avec nous l’avenir des centres de santé et le futur de la Santé.

Bon congrès à tous !

Vive les centres de santé !

Docteur Éric MAY, Président de l’USMCS et du Congrès.

FLASH INFO ! Le projet EPIDAURE-CDS pour une expérimentation PEPS dans les centres de santé retenu par le Ministère des Solidarité et de la Santé

Le verdict est tombé,  le projet d’expérimentation d’une rémunération forfaitaire des centres de santé  ( PEPS , patientèle totale) porté par 5 centres ( 4 centres municipaux, Gennevilliers, Malakoff, Nanterre et Saint Ouen et le centre de santé privé à but non lucratif Richerand ), accompagnés par l’Institut de recherche des centres de santé ( l’IJFR*) a été retenu par le Ministère des Solidarités et de la Santé pour la deuxième phase, celle de l’élaboration du cahier des charges.  Une première étape qui ouvre de réelle perspectives d’innovations et de transformation du système de santé ambulatoire, en rupture avec les modèles d’organisations fondés sur le paiement à l’acte. 

Pour en savoir plus sur le projet, rendez vous sur le site de l’IJFR 

* L’Institut Jean François Rey est l’institut de recherche des centres de santé. Il a été créé à l’initiative de l’USMCS, de la FNCS et du SNDCS. 
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