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Jean Buisson nous a quitté

Hommage au Docteur Jean Buisson

 Par Docteur Thierry Clément, Médecin directeur du CMS d’Aubervilliers de 1997 à 2011

Jean Buisson, médecin, ancien directeur du centre municipal de santé d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), ancien maire adjoint PCF de Livry-Gargan, officier de l’ordre national du mérite est décédé à l’âge de 82 ans le mardi 5 mars 2019.

Parler de Jean Buisson, le médecin, le clinicien expérimenté, l’homme de terrain, de ses multiples engagements n’est pas chose aisée. L’ayant remplacé au centre de santé en 1997, je sais combien ses patients lui étaient attachés. C’était un homme dévoué, attentif et disponible. Pour beaucoup son départ a été vécu comme un déchirement, la perte d’un proche, d’un confident, et assurer sa succession n’a pas toujours été facile.

Je me souviens que lors de son départ en retraite, le 22 juin 1997, Jack Ralite nous avait rappelé, devant sa famille, ses collègues et ses nombreux ami-e-s,  ce que furent les premières années de sa vie :

« Jean Buisson, avait-il dit,  est né à Provins, dans l’immédiat après-guerre, où ses  parents tenaient une bijouterie-horlogerie, son père étant aussi artisan. Il a une sœur Bernadette née après la guerre… Bachelier à 16 ans il quitte Provins pour Paris faire Médecine. Paris c’est d’abord pour lui la découverte, la liberté, le cinéma, le jazz et bien sûr les études et à l’hôpital Laennec, en 1957 la rencontre avec une infirmière, Viviane, qui deviendra sa femme en 1959. Ils auront ensemble quatre filles. »

Jean Buisson fût un personnage clef de la ville d’Aubervilliers. Comme aimait le dire Jack Ralite, Il a mis en place au centre de santé  « des innovations que la loi ou pour le moins l’organisation de la Santé n’avait pas prévues ». Sa vie personnelle, sa vie professionnelle, sa vie politique et syndicale « composantes indissociables » comme le disait encore Jack Ralite furent guidées par la nécessité de servir l’autre.

Passionné par la pratique médicale et le travail en équipe, il intègre le centre de santé d’Aubervilliers en 1965 comme médecin vacataire  et en deviendra le médecin directeur de  1970 à 1997 mais également directeur du Service Communal d’Hygiène et de Santé. De 1969 à 1997, il fut à l’hôpital Avicenne, assistant dans le service de rhumatologie puis attaché de consultation, et fut nommé praticien hospitalier en 1990. Ce positionnement lui permis de tisser des liens forts avec l’hôpital Avicenne et de nombreux médecins du CHU ont assuré des consultations « avancées » au centre Dr Pesqué.  Je cite à ce propos un passage de son discours du 27 octobre 1989 pour les 25 ans du CMS évoquant les grandes évolutions techniques dont ne pouvait se doter le centre :
« Est-ce dire qu’une telle structure sera périmée demain ? Je suis sûr du contraire. Entre ces établissements de haute performance technique et les praticiens exerçant sous forme individuelle le fossé risquerait de se creuser aux dépens des malades si des établissements comme le nôtre, lieu de rencontre, d’investigations ambulatoires, de pratique pluridisciplinaire eu plus près des gens ne jouaient pas un rôle essentiel »

En 1976, il participait avec d’autres grands noms des centres de santé (Jean Reigner, Georges Godier, Jean François Rey) et des jeunes médecins de l’époque (Joël Le Corre, Marc Schoene, Jean Luc Gallais) à un numéro de la revue du praticien qui réunissait  les responsables des médecins de groupe libéraux et ceux exerçant en centre de santé autour du thème « des différentes formes d’exercice de la médecine praticienne en équipes » ; et cela plus de 40 ans avant que ces sujets ne deviennent les points récurrents de l’actualité de l’organisation de notre système de santé. Je cite quelques extraits de son article :

« Les médecins de centre de santé ne se contentent pas d’un exercice l’un à côté de l’autre, mais veulent pouvoir exercer ensemble »… « Qui dit équipe médicale dit  travail en équipe, non seulement entre médecins mais, également avec d’autres professionnels de santé, notamment les infirmières, les kinésithérapeutes, les dentistes, les puéricultrices à domicile, là où elles existent, et avec les travailleurs sociaux »

« Le fait le plus important de l’évolution est me semble-t-il la volonté des jeunes médecins de pouvoir exercer dans de telles structures médicales… » car ils « souhaitent exercer au sein d’une équipe pluridisciplinaire, permettant une meilleur organisation de leur travail… »

« Nous constatons une évolution vers une prise en charge plus globale de la personne associant prévention et soins »

« Il est nécessaire que soit trouvé avec la sécurité sociale un autre mode de rémunération du fonctionnement, que le seul paiement à l’acte… »

Il a conçu le centre de santé comme complémentaire à médecine libérale de ville et à l’hôpital. Il a également développé une politique de prévention sur la Ville et mis en œuvre nombre d’actions de santé publique notamment en direction de la jeunesse  dont la continuité fut ensuite assurée par le Service Communal d’Hygiène et de Santé.

On ne peut parler de Jean Buisson sans évoquer son engagement auprès des patients confrontés à des problèmes d’alcool. Ceux-ci, délaissés par la médecine, ne trouvaient pas jusqu’alors de structures et des professionnels formés et à l’écoute de leurs difficultés. Sensibilisé par une association d’anciens  buveurs  dans le cadre de son activité hospitalière,  il va s’atteler à améliorer la prise en charge de ces patients. Dès 1970, il crée des consultations d’hygiène alimentaire. Suite à la circulaire de Simone Veil en 1975, le premier Centre d’Hygiène Alimentaire voit le jour au sein du centre de santé d’Aubervilliers. A la même période le Dr Buisson devient responsable de la capacité de toxicomanies et alcoologie à la faculté de Bobigny. Il était également  expert auprès du HCEIA; Haut comité d’étude et d’information sur l’alcool. C’est l’origine des nombreux CHA qui vont ouvrir, grâce à ses disciples,  dans d’autres centres de santé municipaux du département. Mais la bataille n’était pas finie, et c’est en 1983, alors qu’il faisait partie du cabinet de Jack Ralite, alors ministre de la santé,  qu’est rédigée la circulaire sur la création des CHAA.

Mais l’alcoologie et la collaboration avec l’hôpital ne furent pas les seuls champs d’innovation sur lesquels il s’aventura. Le centre de santé d’Aubervilliers  fût également, au début des années 1970, un précurseur avec le Dr Joëlle Brunerie en matière de contraception et d’IVG. Cette activité avait été  rendue publique en 1973 et la ville, tacitement  solidaire de ce combat,  permis la poursuite e ces avortements semi-clandestins.  Elle  fut encadrée légalement par la création du premier centre de planification au sein d’un centre de santé en 1974. (ref : http://archives.aubervilliers.fr/IMG/pdf/5c154_1994-10_opt_cle0bfcc8.pdf).

Rappelons également que Jean Buisson fut secrétaire général de l’Union Confédérale des Médecins Salariés de France de 1974 à 1977 et son président de 1984 à 1994.

Engagé contre la guerre en Algérie et les crimes perpétrés par l’OAS, Jean Buisson, entrera en politique en adhérant au parti communiste Français en 1962.  Il fut en outre, adjoint au Maire dans sa commune de Livry-Gargan de 1983 à 2008.

Pour finir je laisserai le dernier mot à Jack Ralite dont il fut le collaborateur pendant toutes ces années :

« Tu es un homme de la prévention, un écouteur d’autrui, un coordinateur des médecins et acteurs de santé »

« Précurseur en légalité, solidaire en humaniste, je trouve que ça te va pas trop mal »

 

J’ai une pensée particulière pour sa sœur Bernadette, pédiatre en PMI et au centre de santé,  très investie tant comme praticienne qu’en santé publique et  dans le milieu associatif, avec qui j’ai travaillé avec bonheur de nombreuses années.

A sa femme Viviane, à sa sœur Bernadette, à ses quatre filles, Nathalie, Caroline, Myriam et Stéphanie nous disons toute notre émotion et notre sympathie.

 

 

Le Docteur Marc Schoene se souvient du Docteur Jean Buisson

C’est avec beaucoup d’émotion que j’ai appris le décès de Jean Buisson. D’autant que je termine un ouvrage sur mon itinéraire professionnel qui doit beaucoup à Jean, et au cours duquel j’ai si souvent côtoyé Jean.

Que de beaux riches souvenirs sur son engagement pour la défense des centres de santé, ou pour promouvoir l’intervention locale en santé.

J’ai eu la chance d’exercer dans le centre de santé d’Aubervilliers qu’il dirigeait et où il a su composer une équipe médicale de grande qualité, nouer des relations avec l’hôpital. Jean a toujours su, à travers les enseignements qu’il prodiguait ou les conseils plus personnels, partager ses idées, son savoir avec les autres.

Combien de lieux où nous nous sommes retrouvés : le syndicat, le comité de liaison des centres de santé, Intercentres 93, et bien d’autres. Jean l’alcoologue et œnologue retrouvé dans une bonne dégustation ici ou là…

Merci Jean ! 

Extraits citant Jean Buisson dans le livre que je finis de rédiger :

 Peu de temps après mes premières armes en cabinets libéraux, j’ai bénéficié, comme je l’espérais déjà depuis mes dernières  années à Bobigny, d’une heureuse opportunité de remplacement (car il faut le rappeler, les places étaient alors rares en dispensaire) de congé maternité. J’ai pu ainsi découvrir l’exercice en dispensaire, au « centre de santé du Docteur Pesqué » à Aubervilliers (Seine Saint-Denis). Si mon remplacement fut de courte durée, je garde de très beaux souvenirs du travail dans cette ville, avec l’ensemble de l’équipe du centre de santé. 

 (…)

 C’est mon patron d’alors, le Docteur Jean Buisson, médecin-chef du centre de santé d’Aubervilliers, qui m’a informé de la vacance du poste de médecin-chef des services médico-sociaux de la ville  de Saint-Denis, et qui m’a encouragé à y postuler en septembre 1976

 (…)   

 C’est d’abord par un immense remerciement à tous mes confrères avec lesquels j’ai travaillé, échangé, polémiqué, que je voudrais commencer ce paragraphe. Alors que j’étais encore novice dans le monde complexe des « dispensaires », je n’aurais pas avancé aussi sereinement dans la mission qui m’était confiée à Saint-Denis sans l’apport déterminant de ce  « club » animé par ceux qui alors étaient les Anciens, les Sages, Georges Godier le stratège, Jean Reignier le sévère gardien du Temple, Jean Buisson le politique et pragmatique, pour n’en citer que quelques-uns de ses membres.

 (…)

  En Seine Saint-Denis les premiers pas de ce nouveau dispositif spécifique de lutte contre l’alcoolisme ont été permis grâce aux engagements conjugués d’un médecin inspecteur de la Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales de Seine Saint-Denis (DDASS 93), le Docteur Yvan Margues, et du Docteur Jean Buisson, médecin-chef du centre de santé d’Aubervilliers. .

 (…)

 Pour le Docteur Jean Buisson, l’implantation d’un CHA au centre de santé était l’occasion de relations nouvelles ou renforcées entre centre de santé, centre hospitalier et autres intervenants sanitaires et sociaux, et d’encourager d’autres centres de santé à s’engager en alcoologie.

C’est donc avec les conseils et les encouragements de Jean  Buisson que la ville de Saint-Denis et sa direction de la santé de la ville de Saint-Denis se s’ont intéressés et engagés sur ce projet d’alcoologie.

 (…)

 Le second « A » du  « CHA », donc le « CHAA » revient sans doute beaucoup à la complicité entre le Docteur Jean Buisson et son Maire, qui était alors le  Ministre Jack Ralite, et dont il fut un des conseillers, qui ont permis la juste officialisation de ce qui se faisait, en l’occurrence de…l’alcoologie ! Donc le 2ème A.

 

Paiement au forfait ? Enfin ! Par Alain Beaupin, Président de l’Institut Jean François Rey

 

Les centres de santé pour l’innovation en santé

Les équipes des centres de santé saluent la publication du Rapport AUBERT. Il est enfin possible de reconnaître l’évidence : pour les soins courants, le paiement à l’acte c’est dépassé, place au forfait.

C’est en effet un forfait tout compris que les équipes de centres de santé participant au projet EPIDAURE-CDS préparent avec le Ministère pour leurs patients volontaires dans le cadre du fameux article 51*. Un forfait annuel versé par la sécurité sociale au centre de santé, pour chaque patient pris en charge.

Que comprendra le forfait ?

  • Dans le forfait seraient inclus : les consultations de médecine générale, avec et sans rendez-vous, les médecins spécialistes, les soins dentaires, les soins infirmiers, la prévention.

Quel sera le montant du forfait ?

  • Le montant du forfait sera variable, plus élevé pour les patients porteurs d’affections de longue durée ou socialement vulnérables, plus faible bien sûr pour les jeunes en bonne santé.

Pour les patients, c’est quoi l’avantage ?

  • Des offres nouvelles, aujourd’hui exclues par la tarification à l’acte. L’éducation aux traitements et aux maladies chroniques, la diététique, le sport-santé, le soutien psychologique et social si besoin, et bien d’autres idées.
  • Et moins d’actes inutiles. Finies les incitations à augmenter l’activité pour des motifs budgétaires sans motif médical sérieux. Place à l’amélioration de la pertinence des soins. Moins d’examens et mieux, moins de médicaments et mieux.

Ça commence quand ?

  • Les travaux préparatoires se poursuivent. L’ambition est partagée, le contenu du forfait est en discussion, les modalités pratiques sont en cours de finalisation. La Ministre a demandé des résultats pour mars prochain, les équipes des centres de santé seront au rendez-vous.

Mon centre de santé sera-t-il dans l’expérimentation ?

  • Dès que les règles du jeu seront connues, chaque centre de santé concerné pourra décider d’être candidat à l’expérimentation.

Alain Beaupin, Président de l’Institut Jean François Rey  http://ijfr.fr/

 

* Pour rappel, 10 centres de santé d’Île de France ( 9 municipaux et 1 privé à but non lucratif, 5 gestionnaires) ont répondu à l’appel à manifestation d’intérêt  pour expérimenter en substitution aux paiement des actes un paiement forfaitaire en équipe de professionnels de santé en ville  ( PEPS – Patientèle totale ) lancé conjointement par le Ministère des Solidarités et de la Santé et par l’Assurance Maladie en application de l’article 51 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2018, qui permet d’expérimenter des organisations innovantes en santé. L’élaboration du cahier des charges à laquelle ils ont participé est en voie d’achèvement et sa publication devrait intervenir fin mars pour un lancement de l’expérimentation dès 2019. D’autres équipes de centres de santé pourront alors les rejoindre en candidatant à l’appel à projet. Une première étape qui ouvre de réelle perspectives d’innovations et de transformation du système de santé ambulatoire, en rupture avec les modèles d’organisations fondés sur le paiement à l’acte. 

http://www.lescentresdesante.com/flash-info-projet-epidaure-cds-experimentation-peps-centres-de-sante-retenu-ministere-solidarite-de-sante/

 

Communiqué de presse de l’IJFR

Grand Conseil de la Mutualité des Bouches du Rhône : d’un plan de redressement à un autre …

COMMUNIQUE DE L’ASSOCIATION DES MÉDECINS GÉNÉRALISTES LICENCIES DU GRAND CONSEIL DE LA MUTUALITÉ

Grand Conseil de la Mutualité des Bouches du Rhône : d’un plan de redressement à un autre …

Décembre 2012 … Novembre 2018 : d’un plan de redressement à l’autre,  on est en mesure six ans après de constater que le GCM et ceux qui  ont soutenu les décisions de ses dirigeants ont fait fausse route et se sont trompés.

ILS AVAIENT TOUT FAUX  SUR LE PLAN DE REDRESSEMENT….

Le plan de redressement appliqué dès 2012,  qui prétendait assainir la situation financière du GCM, en stigmatisant les médecins généralistes qui exerçaient dans les centres de santé mutualistes des Bouches du Rhône, en leur imposant la rémunération à l’acte, a montré son inefficacité  et son incapacité à dépasser contradictions et difficultés.

La collusion entre Direction du GCM et mouvement mutualiste national (Mutualité française et Fédération des Mutuelles de France) était patente : se débarrasser de la médecine sociale dans les centres de santé et des médecins qui l’avait théorisée, appliquée et défendue. Le  lâchage syndical des  cadres et employés, la pusillanimité des élus politiques et de l’ARS ont fait le reste.

La crise de 2018 et la mise en liquidation judiciaire prononcée le 30/10/2018 par le TGI de Marseille mettent en lumière de façon cruelle l’incompréhension des enjeux de 2012 par le GCM,  les bévues de gestion soulignées alors ( dette de 16 millions d’EUROS non récupérée), la conviction absurde que les médecins se soumettraient et signeraient le nouveau contrat proposé qui liquidait la médecine d’équipe et la cohérence des Centres de santé , la certitude que le recrutement de médecins généralistes avec un contrat sous rémunéré ne rencontrerait aucun obstacle.

 Ils avaient tout faux sur ces aspects conjoncturels et tactiques.

La mobilisation autour du GCM,  a conduit tutelles et politiques à multiplier les subventions publiques régionales, départementales , municipales, au  renoncement par  l’Etat de la dette sociale) pour contribuer à combler le trou financier . Alors même que les missions sanitaires des Centres de santé étaient de moins en moins assumées, en raison du licenciement des généralistes et de l’insuffisance du recrutement, une pluie de financements tenaient en survie artificielle le GCM.

Le scénario catastrophe que les médecins n’ont cessé de dénoncer pendant les deux années de crise, s’est avéré réel après 6 années où le GCM a subsisté grâce aux aides publiques.

Aujourd’hui les salariés de l’entreprise, toujours plus menacés dans leur emploi ,  et les usagers du réseau mutualiste ,  ce qu’il en reste, doivent affronter la mémoire courte  de ceux qui apparaissent comme repreneurs potentiels et continuent de colporter la fable de la responsabilité des médecins qu’ils ont licenciés  ( voir le document de présentation de reprise par Mutuelles de France Réseau santé , 1.3.1 page 10 : « .. la mise en oeuvre du plan de redressement s’est heurté en 2013 au départ d’une grande partie des praticiens de médecine générale qui  n’ont pas  accepté la modification de leur contrat de travail pour passer d’une rémunération forfaitaire à une rémunération à l’acte. Ces départs ont entrainé une profonde désorganisation du GCM ainsi qu’un surcoût lié à ces ruptures de contrat de travail ».  Cette prose qui entretient la fable du départ sans mentionner la réalité du licenciement est un modèle de cynisme à usage interne, et de détournement de la réalité à usage externe.

Existerait- il  par hasard un lien entre GCM et Réseau Santé des Mutuelles de France ? ….

ILS AVAIENT TOUT FAUX SUR LE PLAN STRATEGIQUE…

Les décisions mises en œuvre par le GCM résultent d’erreurs stratégiques.

  1. La bévue originelle est illustrée par la décision de licencier massivement dès Décembre 2012, 37 médecins généralistes sous contrats (la quasi-totalité des généralistes) , en espérant en recruter autant et moins cher.

 Alors que la crise démographique médicale et la désertification médicale se développaient dans les zones socialement défavorisées où étaient implantées les centres de santé mutualistes ( Port de Bouc  et le CS Paul Paret dans les Quartiers Nord de Marseille  en sont les exemples les  plus frappant),  le GCM a décidé de licencier une quarantaine de médecins. On peut imaginer la force et le poids de ce  réseau et son importance sanitaire s’ils n’avaient pas été licenciés .  Alors que l’ARS appelait à créer des Centres de santé dans notre région, le GCM infligeait à la population la disparition de leurs médecins traitants et la déliquescence des centres de santé.

  1. L’exercice regroupé et le salariat sont devenus les éléments essentiels de l’adaptation de notre système de santé à la crise démographique, les difficultés d’accès aux soins et aux urgences, et répond à la conception majoritaire des médecins en France.

C’est à ce moment que le GCM a décidé de les démanteler en brisant les équipes, en licenciant les médecins généralistes, en démantelant la pluridisciplinarité.

 Bien joué !!

 Pour information ironique, c’est l’URPS médecins libéraux /PACA grande pourfendeuse, naguère de l’exercice salarial et de la médecine d’équipe, qui a adressé ces derniers jours aux médecins des Bouches du Rhône une plaquette luxueuse consacré à l’exercice regroupé et aux procédures de création de centres de santé.

 Pour information non ironique et sérieuse, voir le discours de Madame la Ministre de la santé aux Congres des centres de santé en Octobre 2018. Tout concourt à renforcer le rôle des centres de santé. A condition d’accepter de travailler avec des médecins !

  1. Le GCM avait tout faux en 2012 en concentrant son action sur le statut des médecins. C’était bien sûr autour de celui des centres de santé qu’il fallait se mobiliser et notamment sur leur financement. Au lieu de prétendre mettre les médecins à l’acte ou les licencier, il fallait, comme le prévoyaient les projets alternatifs que les médecins ont constitué dans la période avant leur licenciement, résoudre la contradiction entre la rémunération à l’acte des centres et la rémunération à la fonction des médecins. Au lieu de stigmatiser les médecins, il nous fallait ensemble, avec l’aides des tutelles nous engager vers une rémunération forfaitaire des centres de santé, et conserver la rémunération à la fonction des médecins.

C’est ce qui fut fait lors de la création du centre de santé que les médecins licenciés ont contribué à initier ou créer, avec portage hospitalier, dans les quartiers Nord (centre André Roussin) et à Port de Bouc (centre de consultation de Médecine générale la Respelido à Port de Bouc ). Ils vont bien, merci.

  1. Le GCM a raisonné en termes de patrimoine foncier et en propriétaire des adhérents usagers, imaginant que les usagers adhérents resteraient fidèles au patrimoine mutualiste.

Ses dirigeants ont encore une fois eu tout faux. Les usagers ont parfaitement compris que la nature de l’offre sanitaire à laquelle ils avaient adhéré et qui conditionnait la fréquentation des centres de santé mutualistes, n’était pas liée au patrimoine foncier ou on ne sait quelle omniscience de la Mutualité dans le domaine sanitaire, mais à la pratique médicale en équipe globale et sociale que les médecins qui s’étaient engagés sur ces bases, mettaient en  œuvre  au quotidien.

 Les patients mutualistes ont suivi en masse leurs médecins généralistes.  L’urgence et parfois la précarité matérielle des débuts ne les découragèrent pas.  Aujourd’hui de nouvelles générations de patients fréquentent ces structures à Berre, Gardanne, Miramas, Martigues.

Les médecins licenciés du GCM en 2012, restent solidaires des salariés  de cette entreprise.

 Qui pourra faire évoluer les directions de l’entreprise reprise  vers un projet cohérent et répondant aux besoins locaux ?

La médecine sociale, la médecine d’équipe restent aux centres des projets susceptibles de répondre aux difficultés de la population dans le domaine de l’accès aux soins, du maillage territorial.

Elles peuvent répondre aux besoins des médecins en terme d’organisation et de professionnalité dans des zones désertifiées   .

Elles ont d’ores et déjà apporté des réponses    en termes de rationalisation des procédures médicales, de maîtrise des coûts et de lutte contre les inégalités, selon les territoires et leurs caractéristiques sociales, quelle que soient les positionnements politiques ou idéologiques des gestionnaires, les préférences libérales ou salariées des médecins.

Les difficultés financières ne sont pas une fatalité. Encore faut  il préciser qui doit payer quoi.

La situation de 2012 appelait des solutions imaginatives qui remettent les Centres de santé mutualistes en situation de répondre aux besoins. La question du financement des centres et de leur statut étaient  centraux  .   Elle le reste.  Elle n’a pas semble-t-il, reçu de réponse pertinente. Des solutions alternatives pour préserver le lien entre équipes médicales, Mutualité et usagers furent envisagées par les équipes médicales. Elles restèrent  théoriques, la Direction d’alors préférant passer en force.

Ce qui doit importer, et l’expérience des médecins licenciés le prouve, ce n’est pas le statut salarial ou libéral des professionnels, les a priori idéologiques des gestionnaires ou des tutelles, mais le contrat moral et le projet sanitaire que l’on développe au bénéfice des usagers et des citoyens, avec le projet économique adéquat, et les financeurs légitimes et responsables.  

 
Association des Médecins généralistes licenciés du Grand Conseil de la Mutualité- 12/12/2018
 

Billet d’ humeur : PLAN SANTE 2022 ou poudre aux yeux? Par Alain Brémaud

Alors que les sondages mesurant la confiance des Français pour le président Macron et sa politique sont en chute libre et que les élections européennes approchent, il semble que le responsable de l’exécutif a choisi  encore » la com » pour tenter de remonter la pente. Ainsi, lui qui pour beaucoup d’observateurs est le président privilégié des 1% les plus riches de notre pays, a présenté un plan « pauvreté » qui apparait bien « pauvre »  en mesures et moyens par rapport aux enjeux. Il semble qu’il soit entré en campagne pour les élections européennes faisant  des promesses électorales…Mais en est-il ainsi aussi du Plan Santé 2022 (date ou il souhaite être réélu) qu’il a tenu a présenté lui même comme le plan « pauvreté »…!

 A. Quels sont les problèmes essentiels qui se posent à la population de notre pays en matière de santé:

-L’accessibilité sociale aux soignants, examens complémentaires, traitements. Rien dans ce plan n’évoque cette problématique alors que près de 9 millions de personnes doivent chaque année renoncer aux soins dont ils ont besoin. Rien sur les prises en charge par la sécurité sociale, rien pour remettre en cause les déremboursements successifs.

-La prévention, les actions de santé publique, l’éducation sanitaire sont le parent pauvre de notre système de santé et avec ce plan ils le resteront. Toujours des plans de prévention édictés chaque année sans que soit envisagé qui seront les effecteurs obligés afin que ces plans soient  réalisés de manière homogène sur l’ensemble du territoire.  Pire, rien sur la santé au travail, la santé scolaire, la médecine sportive, la PMI,…Au contraire, la mise en place d’un service sanitaire obligatoire pour les étudiants soignants, afin qu’ils assurent ( quelques semaines chacun)  les actions de prévention, illustre la haute idée que notre gouvernement se fait de la santé publique à l’échelon national.

-L’accès aux urgences et l’organisation de celles-ci bien peu évoquées.

-L’accessibilité territoriale aux soins qu’il faut envisager à deux échelons est considérée comme un problème organisationnel. D’ailleurs pour le président, les problèmes liés à notre système de santé sont seulement organisationnels et non liés à des problèmes d’effectifs, de moyens, de budgets.

En effet l’accessibilité territoriale est à deux niveaux: la présence sur un territoire des différents soignants nécessaires et par ailleurs que ceux-ci soient accessibles socialement, voire pratiquent le tiers payant.

Sur ce point, la réorganisation envisagée que nous étudierons plus loin n’est pas à la hauteur et peut même apparaître comme un écran de fumée.

B. Quelles sont les mesures « phares » évoquées dans ce plan:

-Réorganisation au niveau hospitalier. Les hôpitaux seront labellisés en trois niveaux (proximité, de recours et de référence) mais rien n’exclut la poursuite de la fermeture de lits et de services hospitaliers. Les praticiens hospitaliers auront un mode de recrutement et un statut uniques…tout en conservant des CDI. En contrepartie ces praticiens pourront plus facilement avoir un exercice mixte (exercer conjointement  en libéral ou avoir une  consultation privée à l’hôpital). Pour ce qui concerne les financements de ces établissements la T2A représentera  50% au lieu de 60% de leurs ressources. Création d’un mode de financement au forfait pour deux pathologies chroniques.

– Augmentation insuffisante du budget de la santé avec un Ondam à 2,5% qui risquent d’être grignotés considérablement par l’inflation actuelle.

-Suppression du Numerus Clausus: une bonne chose mais tout dépend de ce que sera vraiment le double système qui devrait le remplacer.

-Pour réduire les conséquences des déserts médicaux et plus généralement de l’insuffisance du nombre de soignants sur l’ensemble du territoire national  plusieurs rustines sont proposées:

  • Afin d’augmenter le rendement des médecins , ce qui risque d’avoir des conséquences sur la qualité des soins, il est proposé la création, en 2022, de 4000 assistants médicaux partiellement financés la première année  et réservés aux médecins libéraux regroupés ( bien peu  sont concernés sur les 106.000 médecins libéraux). Ce concept pose plusieurs questions en dehors de son financement partiel: assistant aux soins ou au travail administratif, ou les deux? Quelle place par rapport aux infirmières? n’est-ce pas le risque de créer des sous officiers de santé aux taches médicales subalternes et de diminuer la qualité des soins? Si il s’agit d’aider les médecins en les dispensant du temps passé pour le travail administratif,  pourquoi ne pas envisager cette mesure pour les médecins salariés , par exemple pour les centres de santé qui le réclament et qui l’ont mis en place depuis plusieurs décennies. Ce serait équitable . S’il s’agit de petits actes de soins qui peuvent être effectués tout en dialoguant avec le malade, quel gain de temps pour le praticien? Par contre ce sera une diminution du temps consacré au dialogue médecin-patient .
  • Pour lutter contre les effets des déserts médicaux et faciliter l’accessibilité territoriale , création exceptionnelle de 400 postes de  médecins généralistes salariés à exercice mixte pour une période de deux ou trois ans. Ceux ci seraient salariés par des hôpitaux ou des centres de santé situés dans des territoires prioritaires  . Là aussi les centres de santé sont pionniers en la matière dans plusieurs régions sans aide significative  jusqu’ à présent. Mais comment ces postes seront-ils financés?  Quand? En totalité ou en partie? Et dans deux ans, que se passera-t-il? Pourquoi cette volonté d’incitation au double statut libéral-salarié? Le mode libéral semble être à plusieurs reprises dans ce document, contrairement à tous les constats effectués auprès des professionnels et des usagers, le modèle d’avenir du ministère.
  • Développement de l’espace numérique personnel, du dossier médical partagé, de l’aide à la consultation, de la téléconsultation: rien de nouveau…
  • Financement (à définir en volume et répartition) de 1000 Communautés Professionnelles Territoriales de Santé d’ici 2022, application de la loi de 2016 et qu’on appelle depuis 30 ans le travail en réseau. Rien d’innovant en  la matière sauf le vocabulaire. Il parait illusoire d’attendre de cette organisation entre professionnels « très incités », organisation  qui existe déjà et qui a déjà été  tentée, la solution à tous les maux: déserts médicaux, urgences, prévention, hospitalisations, permanence des soins,…Toutefois,  là ou ils sont,  nombreux sont les centres de santé déjà dans la démarche des CPTS en s’inscrivant  activement dans les contrats locaux de santé.

 Le mouvement des centres de santé revendique depuis plusieurs années une évolution des réglementations les régissant afin de tenir compte des territorialités: définir qui doit créer ces structures? Ou? Qui doit les cofinancer? Envisager que les instances (état, région , département, ville, association, mutuelle) en charge des populations d’un territoire soient les co-créateurs, co-décideurs et co-financeurs des centres de santé. Définir les règles de gouvernance pour associer professionnels et patients. Édicter les situations aboutissant à la création obligatoire d’un centre de santé. Définir un statut d’établissement public ambulatoire pour l’ensemble du pays avec un statut commun des personnels de ces centres. Ces questions et bien d’autres devaient être envisagées avec Mme Buzin, ministre des solidarités et de la santé, au 58e Congrès National des Centres de Santé organisé par l’Union Syndicale des Médecins de Centres de Santé ( thème central du congrès: Pour un service public de santé de proximité) les 11 et 12 octobre à Paris. La ministre s’y est exprimée dans un discours résumé avec humour par la presse en une phrase: Je vous ai compris…!!!

 On sait combien, historiquement, ce genre de propos peut recouvrir de vagues promesses qui ne seront jamais tenues. Encore de la poudre aux yeux ! 

 On le voit, rien d’exceptionnel dans ce plan qui privilégie mesurettes et réorganisations souvent déjà en cours, négligeant des chapitres essentiels et sous estimant l’importance des personnels compétents, des difficultés des usagers, du temps, des moyens et des finances.

Alain Brémaud

 

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